Fin de la mission des Frères de Saint-Gabriel à l’Ile Maurice après 48 ans de présence (1969-2017)

Fin de la mission des Frères de Saint-Gabriel à l’Ile Maurice après 48 ans de présence (1969-2017)

« GRÂCE À VOUS, IL Y A EU TANT DE VIES TRANSFORMÉES »

Fin de la mission des Frères de Saint-Gabriel à l’Ile Maurice après 48 ans de présence (1969-2017)

Cela fait près de 50 ans que la congrégation des frères de Saint-Gabriel est présente à l’Île Maurice. Elle est heureuse d’avoir pu répondre à sa mission propre qui est celle de la participation à l’évangélisation du monde, prioritairement dans le champ de l’éducation des jeunes et particulièrement des pauvres.

La création du Foyer Père Laval, en 1969, le lancement d’une école technique en 1974, la collaboration avec la Mission de la Mer, dans les années 1980, la création des centres artisanaux, en 1985, ou la fondation de l’Ecole des Valeurs, en 1998, vont tous dans le même sens : faire en sorte que personne ne soit laissé de côté et que tous les jeunes soient invités à s’ouvrir aux autres religions, aux autres façons de penser et de vivre.

Une trentaine de frères de Saint-Gabriel, français et indiens, ont œuvré à l’Ile Maurice et voilà qu’en 2017 la congrégation est amenée à faire le choix douloureux de la fermeture de la mission dans le diocèse de Port-Louis. La raison principale est liée au fait que depuis plus de 40 ans, il n’y a pas eu de nouvelles rentrées dans les pays occidentaux. Et puis les frères auraient aimé que des Mauriciens se joignent à eux, mais ce ne fut pas le cas.

Pour marquer ces 48 années au service de la société mauricienne, une fête d’action de grâces s’est déroulée le dimanche 11 juin 2017, organisée par le diocèse et les 3 frères présents sur l’île : les frères Marcel Chapeleau, Jean-Claude Berthomé et Charles Branger. La congrégation était représentée par 3 invités : les frères Christian Bizon (ancien directeur du Collège Technique St-Gabriel et délégué du frère provincial), John Britto (supérieur du district de Madagascar) et Bernard Thébaud (ancien directeur du Foyer Père Laval).

La journée a débuté par la messe dominicale à la paroisse St-François-Xavier de Port-Louis à laquelle participaient des anciens du Foyer et du Collège Technique. Cette cérémonie, présidée par le cardinal Maurice PIAT, fut teintée d’émotion et de tristesse mais aussi de joie et de gratitude.  Le cardinal, dans son homélie, a tenu à replacer l’arrivée des frères dans son contexte historique : « En 1969, Maurice venait de devenir indépendante, et l’Eglise sortait tout juste du concile Vatican II. Or, un des messages forts du concile était que l’Eglise devait être au service du monde où elle se trouve. Mgr Margéot a pris très à cœur ce message, surtout le développement des personnes. Il a rencontré les frères de Saint-Gabriel en France. De cette rencontre découlera un lien d’amitié très fort et beaucoup de créativité… Rendons grâces pour cette présence des frères durant 48 ans. Oui, 48 ans, c’est un chiffre, une quantité, mais le plus important c’est la qualité de cette présence. Je vous invite à prier pour les frères Jean-Claude, Marcel et Charles qui repartent car ce n’est pas facile pour eux de quitter ce grand réseau d’amis qu’ils ont tissé au fil des années. »

Après un pot d’amitié offert par la paroisse, les invités se sont rendus au Foyer Père Laval pour une cérémonie protocolaire en présence du maire-adjoint de Port-Louis. Plusieurs discours ont marqué cette fête qui rassemblait près de 300 personnes dans la cour du Foyer.

C’est d’abord M. George Gaspard, un ancien du Foyer (1987-1992), qui a retenu l’attention des auditeurs dans un discours plein d’émotion : « Les frères m’ont donné ma chance parce qu’ils croyaient en moi. Ils ont tout fait pour que l’on soit comme des enfants vivant dans une famille normale. Merci au F. Jean-Paul (Baril) d’avoir forgé mon caractère, car grâce à lui que je suis maintenant un père attentif, un meneur d’hommes au travail et un battant dans la vie. Merci au F. Bernard (Thébaud) pour m’avoir rendu ma dignité, pour m’avoir redonné le goût de vivre. Merci au F. Charles (Branger) qui a toujours été là pour me conseiller. Il était quelqu’un de sûr à qui on pouvait confier tous nos secrets ! Tous ces frères ont quitté leur pays natal pour venir s’occuper d’une bande d’enfants qu’ils ne connaissaient même pas et cela sans rien attendre en retour. Nous vous serons reconnaissants jusqu’à la fin de nos vies ! »

Puis ce fut le tour du F. Bernard Thébaud (directeur du Foyer 1980-1991). Après avoir dressé un historique complet du Foyer Père Laval, il a terminé son allocution en ces termes : « Au foyer, l’objectif a toujours été de vivre dans le bonheur et de devenir plus heureux. Cet objectif, cet idéal, les jeunes du foyer le mettaient en pratique d’une manière étonnante, parfois. Je garderai toujours en mémoire la façon dont les jeunes avaient pris en charge l’un de leurs camarades atteint d’une myopathie dégénérative : sa santé se dégradait de mois en mois et il en fut réduit, à un certain moment, à se déplacer en fauteuil roulant. Avant de l’accepter au Foyer, j’avais demandé l’avis du groupe : tous avaient donné leur accord et s’engageaient à le prendre en charge pour toutes les nécessités de la vie quotidienne du lever au coucher ! Ils ont tenu parole allant même jusqu’à le porter au sommet du Corps de Garde[1] à l’occasion d’une sortie, ne voulant pas le laisser seul au Foyer ! Sans oublier de le redescendre… et ce ne fut pas le plus facile. Ce fut un frère qui s’en chargea car les enfants étaient épuisés en arrivant au sommet ! Ces jeunes mettaient en application la parole de saint Louis-Marie de Montfort, le fondateur des frères de Saint-Gabriel, qui déclarait : « Ceux que le monde délaisse doivent vous toucher le plus ! » Le bonheur consiste à regarder vers l’avant, vers les autres, vers l’avenir, et c’est pourquoi en tant que religieux-frères, fils de Montfort, nous sommes heureux de transmettre le relais à une équipe de Mauriciens. C’est notre rôle de voir plus loin, car nous travaillons pour Dieu et non pas pour nous-mêmes. Ainsi, en faisant l’évocation de l’histoire, nous prenons appui sur les racines de notre arbre pour en faire grandir les branches, pour qu’il produise du fruit en abondance. Ce que je vous souhaite, c’est de toujours voir loin, de savoir où vous voulez aller dans la vie. Que ce bonheur soit sur chacun de nous, sur chacun des jeunes d’aujourd’hui. Vive le Foyer Père Laval ! »

Enfin, F. Christian Bizon relata brièvement l’historique du Collège Technique Saint-Gabriel en évoquant les figures des pionniers : « Le bon démarrage du Collège Technique Saint-Gabriel est redevable aux 3 frères de l’Ecole Technique de Majunga : les frères André Cougnaud, Gilbert Ardon et Dominique Boissière, contraints de quitter Madagascar à cause des exigences du nouveau régime et qui arrivèrent à Maurice avec leur vingt années d’expérience, leur compétence mais aussi avec leurs machines. Très vite, des jeunes purent, ainsi, s’initier à la mécanique générale et au travail du bois… Que de jeunes Mauriciens ont ainsi pu se réaliser en quittant un système éducatif où ils n’étaient pas heureux pour opter pour une formation technique. Le Collège Technique Saint-Gabriel deviendra ainsi, petit à petit, une famille où les frères, les premiers maîtres laïcs et les élèves s’unissent dans les difficultés. C’est un lieu où l’on réhabilitera la noblesse du travail manuel. En 1994, les frères de Saint-Gabriel quittèrent le Collège Technique, après avoir formé plus de 700 techniciens en mécanique générale, en mécanique automobile et en électronique. Durant 20 ans, avec l’équipe des professeurs mauriciens et des coopérants français, ils s’étaient efforcés de concrétiser la devise de l’établissement qui est toujours la sienne aujourd’hui : « FORMER –  QUALIFIER – ÉDUQUER »

Pour conclure la cérémonie, une plaque fut dévoilée. Elle porte l’inscription : « Remerciements aux frères de Saint-Gabriel qui ont eu la charge du Foyer Père-Laval de 1969 à 2017 »

Après un repas servi à tous les invités, l’après-midi s’est terminé par une animation musicale avec des chanteurs locaux sur des airs de saga mauricienne.

En terminant, il convient de citer un extrait de l’éditorial de l’hebdomadaire mauricien « La Vie Catholique » qui a consacré un dossier complet aux frères de Saint-Gabriel à l’Île Maurice : « Alors qu’une page se tourne, celle de la présence des frères de St-Gabriel dans notre diocèse, disons-leur merci. Merci d’avoir fait tant de kilomètres pour se mettre au service de notre diocèse. Merci pour tant d’investissements dans la gratuité. Merci aussi pour tout l’héritage que vous nous laissez. Grâce à vous, il y a eu tant de vies transformées ! » (Mme M. Théodore-Lajoie)

F. Christian Bizon

NB : Merci à « La Vie Catholique » de nous avoir autorisés à utiliser des photos pour illustrer cet article.

[1] Le Corps de Garde est une montagne de 720 m d’altitude, à l’ouest de l’île. Sa forme originale permet de la repérer facilement.